Lise Dallaire
Yves et moi avions l'habitude d'aller souvent chez nos voisins du sud. Pour différentes raisons. Quand les enfants étaient petits, nous avions installé à Kingsbay la roulotte qu'Yves avait fabriquée. Le lac Champlain y formait là une charmante baie à la plage longue, propre, peu fréquentée et sécuritaire pour les enfants. On y était en une demi-heure. À l'aller ou au retour, le douanier prenait garde de ne pas éveiller le plus jeune. Plus tard, nous nous sommes installés à Sutton où nous allions souvent, été comme hiver. Là aussi, la frontière est tout à côté. Si on mangeait au resto, c'était indifféremment d'un côté ou de l'autre. Les Américains en faisaient autant. Tous en profitaient. On se baladait à vélo sans se soucier des frontières. Quand on en trouvait une, il suffisait de dire son nom au douanier, peut-être aussi son adresse. Si on grimpait la montagne, on se retrouvait quelquefois chez eux. Pas de problème. Nous étions de bons voisins. Seuls les étrangers avaient un passeport. C'était avant la vague de parano collective qui est devenue un fait établi. Maintenant, si je prends un avion qui doit faire escale, j'évite nos amis du sud. Trop de chichis. Même quand au départ il a été clair qu'on récupérait nos valises à destination, on nous oblige trop souvent à les attendre, les récupérer et les remettre nous-mêmes sur la voie de destination. Si le temps est très serré entre les vols, on nous dit vertement : " Pas grave, vous prendrez le suivant ". Et la paranoïa semble contagieuse ! Rentrer chez nous en voiture est devenu stressant. Récemment, on m'a dit très sérieusement, à la douane canadienne, qu'on aurait pu me renvoyer en territoire américain, jeter mon cœur de pomme et mon pain à demi mangé. Chanceuse de ne pas avoir été déportée.